Dans l’affaire Hortis, la CJUE estime que la lex voluntatis peut constituer la loi applicable au contrat dans le cadre du régime de protection des salariés prévu par la Convention de Rome/le Règlement, isolant ainsi la protection par défaut de la loi du lieu d’emploi habituel.

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Dans l’affaire C-771/24 Hortis (dans son intégralité Hortis GRC SA contre JA, France Travail Île-de-France, anciennement Pôle emploi Île-de-France), la CJUE s’est prononcée hier sur l’application de l’A6 de la Convention de Rome, désormais A8 du Règlement Rome I, quant à l’application de l’approche de « droit propre du contrat » de cet article. Il suit généralement une approche que l’OMI est conforme au langage statutaire.

JA était employé comme « directeur » par la société informatique suisse Hortis et a été licencié en 2012. JA vit en France et a exercé ses activités professionnelles en France pendant l’exécution du contrat de travail. Les parties ont convenu que le droit suisse serait la lex contractus.

La compétence des tribunaux français (on suppose qu’elle est conforme à la Convention de Lugano ; la procédure a été engagée avant l’entrée en vigueur de Bruxelles Ia, qui a supprimé l’exigence selon laquelle l’employeur devait être domicilié dans l’UE pour que le titre de travail puisse entrer en vigueur) était une question posée devant les juridictions inférieures, mais elle ne fait pas partie de la procédure devant la CJUE.

La Cour d’appel a statué que le droit français, en tant que loi par défaut en vertu de l’article 6 de la Convention de Rome, l’emporte sur la lex voluntatis suisse, car il est plus protecteur du salarié : le droit suisse n’exige pas une réunion préalable au licenciement entre l’employeur et le salarié, et le
l’exigence que la lettre de licenciement soit motivée.

L’appel de cette décision est désormais devant la Cour de cassation française. Les autorités mentionnées dans la décision de saisine comprennent bien entendu la CJUE Schlecker et Affaires jointes C-152/20 (Gruber Logistique) et C-218/20 (Samidani Trans).

Le cœur du doute de la Cour de cassation française porte sur la « clause de sauvegarde » de l’article 6 in fine de la Convention de Rome, devenu article 8(4) du Règlement Rome I. [as the CJEU notes [30] La « structure de Rome I reflète la volonté du législateur européen de clarifier, au moyen de paragraphes distincts, les différentes étapes du raisonnement que doivent suivre les juridictions nationales afin de déterminer la loi applicable en l’absence de choix opéré par les parties »].

Dans la Convention de Rome, le texte dit

… à moins qu’il ne ressorte de l’ensemble des circonstances que le contrat présente des liens plus étroits avec un autre pays, auquel cas le contrat est régi par la loi de ce pays.

La CS doute que le tribunal saisi doive déterminer des liens plus étroits avec le pays de la lex voluntatis et, dans l’affirmative, méconnaître les règles de la législation française.
loi que le salarié souhaite faire appliquer et qui offre une protection plus grande que celles de la loi choisie par les parties. La CJUE formule le doute de manière un peu plus aiguë dans son arrêt [30] que le CS ne l’a fait dans sa recommandation :

La juridiction de renvoi nourrit des doutes quant à l’application des règles impératives du droit français, plus protectrices que celles du droit suisse, au vu des circonstances du litige dont elle est saisie, dans lequel, d’une part, Hortis et JA ont expressément choisi le droit suisse comme loi régissant le contrat de travail en cause au principal et, d’autre part, JA exerçait habituellement son activité en France. À cet égard, elle cherche à savoir si, en vertu de la dernière branche de l’article 6, paragraphe 2, de la convention de Rome, elle est tenue d’examiner si ce contrat présente des liens plus étroits avec la Suisse, en tenant compte également des liens résultant, dans l’exécution de ce contrat, du choix par les parties de la loi qui lui est applicable. Dans l’affirmative, elle se demande si elle doit méconnaître les règles du droit français.

En substance donc, la clause de sauvegarde doit-elle plutôt écarter la loi par défaut la plus protectrice en faveur de la loi choisie, dans les cas où il ressort de l’ensemble des circonstances que le contrat a des liens plus étroits avec le pays de la loi choisie ?

La CJUE relie bien sûr les questions, comme elle l’a fait dans le cas du titre de consommateur dans l’affaire VK contre N1 Interactive, aux objectifs jumeaux, bien que parfois concurrents, de prévisibilité/sécurité juridique/protection des parties les plus faibles.

[33] cela suggère qu’il s’était en fait déjà prononcé sur la question dans l’affaire CJUE Locatrans :

au paragraphe 63 de son arrêt du 11 décembre 2025, Locatrans (C‑485/24, EU:C:2025:955), la Cour a jugé qu’« il appartient ainsi à la juridiction de renvoi de déterminer si, conformément à la dernière branche de l’article 6, paragraphe 2, de la convention de Rome, il résulte de l’ensemble des circonstances que le contrat de travail en cause au principal présente des liens plus étroits avec la France qu’avec le Luxembourg, dont la loi a été choisie par les parties comme loi applicable à ce contrat ». Il s’ensuit que la Cour a expressément reconnu que cette disposition peut imposer à la juridiction de renvoi de privilégier la loi choisie par les parties comme loi applicable au contrat de travail concerné, lorsque ce contrat présente des liens plus étroits avec le pays dont la loi a ainsi été choisie.

[36] La conclusion formelle de la Cour est donc que

la dernière branche de l’article 6, paragraphe 2, de la convention de Rome doit être interprétée en ce sens que, lorsque les parties ont choisi la loi applicable au contrat de travail, les juridictions nationales doivent donner priorité à cette loi en méconnaissant les règles impératives, plus protectrices, de la loi que le travailleur demande à faire appliquer et qui serait applicable, à défaut de choix, en vertu de l’article 6, paragraphe 2, sous a) et b), si, au vu de l’ensemble des circonstances, ce contrat de travail présente des liens plus étroits avec le pays dans lequel dont la loi a été choisie par les parties comme loi applicable à ce contrat.

[41] pour déterminer la « loi applicable au contrat », les « circonstances dans leur ensemble » n’excluent clairement pas la lex voluntatis comme facteur pertinent. [42] la sécurité juridique est présentée comme une considération importante de la Convention de Rome et de la réglementation. [43] Je pense que c’est une erreur :

Ainsi, le choix, fait par les parties à un contrat de travail, de la loi applicable à ce contrat est pas, en soi, un facteur qui peut être pris en compte afin de déterminer si le contrat présente des liens plus étroits avec un pays autre que celui dans lequel le salarié concerné exerce habituellement son travail ou celui du lieu d’activité par lequel il a été embauché. (c’est nous qui soulignons)

La meilleure formulation est incluse dans la partie opérationnelle et dans [45]

Afin de garantir que la loi du pays qui reflète le mieux la réalité de la relation contractuelle entre les parties à un contrat de travail régisse cette relation, il convient de tenir compte de tous les éléments objectifs qui définissent une telle relation, y compris ceux résultant du choix, fait par les parties à ce contrat, de la loi qui lui est applicable.

L’équilibre entre les différents facteurs doit être trouvé par le juge national et, en procédant à cette évaluation, il lui est demandé d’examiner la présence réelle d’un véritable consentement (qui, bien entendu, le règlement suppose généralement qu’il est absent pour les catégories protégées) : [46]:

..dans le cadre de cette appréciation globale, le poids accordé à chacun des éléments de la relation de travail concerné peut différer. Il appartient ainsi à la juridiction nationale de mettre en balance, en fonction de leur importance et de leur pertinence, chacun des éléments qui lui sont soumis et d’apprécier lequel d’entre eux apparaît comme le plus significatif, quel que soit leur nombre. À cet égard, afin de se prémunir contre un usage abusif par l’employeur des facteurs de rattachement du contrat de travail, le juge national doit examiner, notamment, si ces facteurs résultent d’un accord mutuel ou s’ils ont été imposés au salarié par l’employeur.

Il convient enfin de noter que la décision de la CJUE met une fois de plus sous les projecteurs l’absence d’une approche fondée sur le « droit propre du contrat » /l’absence de clause de sauvegarde dans le titre de consommation de Rome I.

Un jugement marquant.

Geert.

Droit international privé de l’UE, 3.39 et suiv.

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