investir fort. Szpunar AG sur l’exécution transfrontalière des astreintes et l’ordonnance européenne de saisie conservatoire des comptes.

La question de savoir si les ordonnances d’astreinte peuvent constituer un « jugement » relève de Bruxelles I bis (A55, voir également ci-dessous). C’est également dans le cadre du règlement 655/2014 (le règlement « APO » ou simplement « APO ») et c’est sur ce dernier que Szpunar AG s’est prononcée la semaine dernière dans l’affaire C‑291/21 Starkinvest (aucune version anglaise n’est aussi encore disponible).

Selon A7 APO, confirmé dans CJEU C-555/18 HK, lorsque le demandeur d’APO (le créancier) n’a pas (encore) de jugement, de transaction judiciaire ou d’acte authentique obligeant le débiteur à payer la créance du créancier, le créancier doit soumettre des preuves suffisantes pour convaincre le tribunal qu’il est susceptible d’obtenir gain de cause sur le fond de sa demande contre le débiteur : c’est l’exigence du « fumus boni juris » (littéralement « la fumée d’un droit solide »).

En vertu des règles de procédure civile belges, un créancier n’a pas besoin de revenir devant le tribunal pour faire confirmer le montant définitif d’une astreinte avant de pouvoir saisir des biens proportionnés au montant dû : le jugement lui-même, qui pour cette raison doit détailler clairement les paramètres pour le calcul du paiement, sert de titre exécutoire ; l’huissier saisit selon son propre calcul, et le juge des saisies confirme le montant définitif. Le but de l’exercice est de garantir une saisie suffisante des actifs, en attendant la confirmation finale du montant dû.

Essentiellement, la question est de savoir si cette sécurité fonctionne également dans un contexte international. La discussion a bien sûr déclenché une discussion sur l’A55 Bruxelles I bis et sa relation avec l’APO : « Une décision rendue dans un État membre qui ordonne le paiement à titre d’astreinte n’est exécutoire dans l’État membre requis que si le montant du paiement a été définitivement déterminé par le tribunal d’origine.

L’AG (et avec lui, la CE et les Etats membres qui sont intervenus) zoome sur le A7(2( Condition APO : le débiteur doit avoir obtenu ‘un jugement, une transaction judiciaire ou un acte authentique obliger le débiteur à payer la créance du créancier‘ (soulignement ajouté) : pas seulement ‘un jugement’ tel que défini à l’A4(8) APO : « ‘jugement’ désigne tout jugement rendu par un tribunal d’un État membre, quel que soit le titre du jugement, y compris une décision sur la détermination frais ou dépens par un officier de justice ». Cette discussion est ensuite suivie d’une discussion sur le mot « demande », pour laquelle il est fait référence aux formulaires pertinents prescrits par le règlement d’exécution 2016/1823 de la Commission. Ce formulaire fait référence à un montant « accordé » et à un « montant indiqué dans » le jugement.

L’AG termine son avis en suggérant que le jugement qui a infligé l’astreinte, ainsi que la confirmation, par exemple par un huissier, que le débiteur n’a pas rempli les conditions pour échapper au paiement, constituent une base solide pour la voie APO A7(2) de fumus boni iuris.

Il est clair que le paiement des astreintes aurait pu être effectué avec une considération plus spécifique dans APO, et l’esprit du règlement APO pourrait, à mon avis, justifier une conclusion différente. Cependant, les ancrages textuels de l’avis de l’AG sembleraient solides.

Geert.